13 septembre 2011

Donner

On est sauvé non par l’amour qu’on reçoit mais par celui qu’on donne.
(Henri Gougaud) 

Profondeurs

Dans les profondeurs, l'eau est lisse et lourde du temps qui ne passe pas.
Le secret des courants planétaires et de leurs habitants cachés la parcourent de leurs stries.
Seuls les tsunamis la dérangent parfois, battement de cil.


J'aime cette eau lourde où le bleu devient noir. Où la lumière est silence.  Gigantesque mémoire de ce qui n'est pas connu ailleurs.
J'ai confiance dans ce qui s'y prépare s'accumule et se recycle, à l'infini.
Là-bas, une plage. Et parfois le cadeau.

11 septembre 2011

Elle, lui

Il chante sur scène. Elle est dans la salle.
Il la regarde, intensément. Elle aussi. Comme quand ils sont seuls.
Et sa voix à lui comme une caresse et une brûlure. Celles de cet amour qui leur fait briller les yeux.
Je les regarde. Je savoure la voix, les chansons.
La beauté de ce qui les unit.

9 septembre 2011

Une drôle de semaine arc en ciel. 

Du stress, c'est clair et l'opportunité de dépasser au passage ce qui me gênait ici, et là. Affaire classée. 
Toujours étonnant de vivre combien les nœuds peuvent se défaire instantanément, quand c'est le moment. Pourquoi est-ce le moment ? Une belle énigme. 

L'opportunité d'expérimenter que je peux décider d'être "plus dans ma vie" et y être. 
Combien le "rien" ensemble peut être le sel de la vie.
Mercredi, mes cours, puis les enfants, libres à nouveau.  
Jeudi soir, la fête avec celle dont le corps sort à peine de la guerre chimique contre ce qui la rongeait. Le plaisir du bon vin, d'un repas très simple, d'un tiramisu fait en famille, de gâteaux maison à la pâte d'amande et à la fleur d'oranger. 
Des rires, de la joie de vivre, une soirée où l'on laisse de côté tout ce qui n'est pas l'instant. Le passé, les projets.
La raccompagner et savourer notre complicité, une fois encore.

Et aujourd'hui ? La fatigue, de la présence.
La joie de faire, imparfaitement mais avec conscience, en lien, ce que je sais faire.
Le temps pris à l'écoute de celle qui en avait besoin, la décision de ne pas prendre le travail qui reste, car il en reste toujours, de reporter la fin d'une conversation professionnelle pourtant passionnante, parce que là, il n'est plus l'heure, ma vie m'appelle. Mon corps dit stop, et je l'entends.

Pour l'instant je tiens à peu près mes résolutions.
Ce week-end ? Me reposer, vivre, écrire peut-être.

Ah oui, j'ai lu ces derniers jours "l'homme qui entendait siffler une bouilloire", de Michel Tremblay. Une de gourmandises que je me suis offertes mercredi, avec un Gougaud et un Bauchau (quel trio, n'est-ce pas ?). J'ai aimé.

6 septembre 2011

L'homme serpent

Plusieurs mois que j'hésite avec ce portrait-là. 
Parce qu'un frisson me prend à chaque fois.
Le frisson de celui qui est paralysé, se sent comme une proie impuissante.

J'en ai parlé avec d'autres. 
Sans nous concerter, c'est l'image du serpent qui ressort. 
Triste sir ou Kaa (vous voyez les références).
Les abords du pouvoir, le sourire qui n'en est pas un, l'intelligence froide.
Une faiblesse qui peut être cruelle. Peut-être même avec une certaine délectation.
Un malaise avec les femmes que je ne veux pas interpréter. Misogynie, c'est sûr, autre chose de pas clair, peut-être. Je n'aime pas les rumeurs.

Une vraie intelligence, une belle culture, mais je ne sens pas le coeur, ni l'âme affleurer. 
Un ego démesuré, l'incapacité à dire directement les choses, qu'elles soient positives ou négatives.

C'est une énigme pour moi. Comment le désir de pouvoir et la frustration de ne pas avoir ce qu'il a désiré plus que tout peut à ce point manger l'humanité d'une personne. L'ombre règne. Et pourtant il y avait autre chose de possible en lui.

Bref, je n'ai pas confiance. Il n'a pas confiance non plus. Cela s'arrange un peu car il constate les résultats et les alliances conclues après tant de mois de travail acharné et passionné.  Il y a un mais cependant, que je lis dans ses yeux même si les échanges sont courtois et souriants. Hypocrisie que j’exècre, parce qu'elle est pleine de mépris, de jugement.

Je ne suis pas indifférente à son regard sur moi. 
Je crois que c'est ce qui me trouble. 
Comme s'il voyait quelque chose que je ne vois pas, n'identifie pas, un reste de dépendance à l'opinion d'autrui qui a pouvoir de me faire mal, peut-être même de me détruire. Mon ego, encore tellement démesuré.
La dague étincelante dans le gant de velours pourpre. Digne de la cour de Catherine de Médicis. D'ailleurs, la collerette lui irait bien ;-) 

Ce matin, un net soulagement quand il est parti de la réunion que nous animions. 
Le sang est revenu sur les visages, les langues se sont déliées. 
Et pourtant, le contenu de son discours était presque parfait...

L'identifier comme un facteur de progrès personnel. 
Je dois trouver ma force même devant son regard, et elle ne passe pas par le rejet, mais par l'acceptation de cette part de moi que je ne veux pas voir aujourd'hui. L'acceptation totale de celle que je suis.

Edit du 10/09
Depuis ce portrait, l'impression a changé. Débarrassée de ce qui était pesant pour moi dans son regard, je vois cette détermination qu'il exprime auprès de ses proches collaborateurs, et pas aux autres. Cet enfermement dans lequel il est parfois.
Je perçois aussi ce qui est particulier dans mon approche, et qu'il n'a pas. 

Les interactions sont devenues presque confortables, je ne suis plus paralysée.
Encore une fois l'effet d'aller toucher ce qui fait mal à l'intérieur de ce qui fait mal, le retournement qui se produit, alors. 
Au bout du yin, est le yang, et inversement

3 septembre 2011

Petite mythologie

Les 300 chevaux blancs de l'enfant bleu,
les chevaux blancs de Camargue, sauvages,
leur rythme fou, joyeux, dans le vent salé,
le froissement des ailes sur leur passage
leur seule limite, l'horizon.

C'est comme ça que j'ai envie de vivre, au cœur.
J'y suis parfois, élan de joie.
Ce presque rêve comme un cadeau.


Quelques extraits trouvés sur Wikipedia, et qui touchent "juste"
Le cheval Camargue ne reçoit aucune éducation. Toutefois, quand on s'en occupe, il montre bien plus d'indépendance que d'indocilité ; il a plus d'intelligence encore que de sauvagerie. Avec la douceur, on lui fait vite comprendre ce qu'on veut de lui ; la brutalité, au contraire, le révolte et l'exaspère. On en a la preuve toutes les fois qu'on essaye de le faire passer brutalement de la vie libre à la vie domestique. Il ne se soumet pas sans résistance au régime des coups de bâton qu'on lui inflige souvent pour lui faire accepter, sans préliminaire, ou des traits ou la selle
— Eugène Nicolas Gayot, La connaissance générale du cheval: études de zootechnie pratique37.

 Le cheval de Camargue est toujours maintenu par ses éleveurs en élevage extensif de plein air traditionnel, souvent avec des bovins. La plupart d'entre eux vivent ainsi en totale liberté toute l'année, et ne sont rassemblés qu'une fois par an []. Les chevaux font face à un climat difficile, caractérisé par l'humidité constante, la présence de hordes d'insectes, et une certaine rigueur en hiver, accentuée par des vents violents54. Le camarguais résiste aux longues abstinences, aux intempéries, et aux grandes étapes de randonnée2. Son instinct est « infaillible » et son pied, large et sûr, est adapté à son mode de vie dans les marais, en milieu subaquatique1. Comme les bovins, il forme parfois des relations symbiotiques avec des oiseaux, tel que les aigrettes60 ou le héron garde-bœufs.

Je change de manager ces temps-ci. Il a plein de qualités et nous nous apprécions de longue date.
Je l'ai prévenu un peu brusquement hier et je l'ai senti agacé.
Ce n'était pas bien adroit mais c'est fait, alors autant en rire ...

2 septembre 2011

La rencontre

Finalement, le silence n'aura pas été long. 
Utile pour tester en vrai mes bonnes résolutions toutes simples, voir si certaines m'aident vraiment, et lesquelles.

Cette nuit, j'ai compris ce qui me fait mal parfois. 
Ce sentiment de côtoyer tant de gens sans qu'il y ait rencontre. 
Dans l'urgence du produire, montrer, valoriser. 
Cette inhumanité quotidienne m'épuise.

Pourtant, j'ai conscience d'être assez privilégiée :
je me nourris de chaque instant qui le permet, 
je le suscite chaque fois que possible, 
je le pratique dans tous mes métiers, 
je les écris parfois ici, 
je prends des temps pour me rencontrer, et ce qui me dépasse avec,
mais ce n'est pas encore assez.

A décanter encore, très certainement


Un extrait qu'Alain Badiou, philosophe, avait donné à Télérama l'année dernière sur la rencontre amoureuse, et il en est de bien d'autres sortes ( l'interview complète est là)

"Qu'est-ce qu'une rencontre ?
C'est un élément contingent, hasardeux, dans l'existence. Quelque chose vous arrive que rien dans les repères que vous aviez dans le monde ne rendait nécessaire ou probable. Vous rencontrez quelqu'un que vous ne connaissiez pas et qui cependant vous frappe, vous attire, entre dans votre vie...
Dans Eloge de l'amour, vous dites, en substance, qu'il n'y a pas de rencontre sans risque...
Une rencontre véritable assume toujours l'idée d'être le début d'une possible aventure. On ne peut réclamer un contrat d'assurance avec celui qui a été rencontré. Puisque la rencontre est un élément incalculable, si on tente de réduire cette insécurité, on supprime la rencontre elle-même, c'est-à-dire l'acceptation que quelqu'un entre dans votre vie, et quelqu'un au complet. C'est justement ce qui distingue la rencontre du libertinage.
La rencontre, dites-vous aussi, suppose une construction.
Je dis ça des suites de la rencontre. Il faut bien qu'elle donne lieu à inventions, conséquences partagées. Et cette construction ne peut être laissée au pur hasard, parce qu'elle se compose de toute une série de décisions.
Mais dès les prémices, la rencontre n'est pas pour vous une expérience...
L'improbabilité la distingue d'une expérience ordinaire. Lorsque la rencontre vous arrive, que vous avez très fort le sentiment que ça vous arrive, il y a un phénomène d'attirance ou de répulsion – parfois les deux se mêlent – pour ce qui vient perturber le rythme de votre existence. L'expérience, elle, peut parfaitement s'intégrer dans les activités professionnelles ou familiales, tandis que la rencontre est un commencement. Mais le commencement de quoi ? C'est là qu'on entre dans l'acceptation. Accepter ou refuser ce qui vous arrive. Pour prendre l'exemple de la rencontre amoureuse, tout le problème est de savoir si on va la déclarer. On parle de déclaration d'amour. Il faut que la rencontre ait été déclarée, c'est-à-dire acceptée.
C'est la condition pour qu'elle existe vraiment ?
Oui. Une personne s'est trouvée là en même temps que vous, vous avez échangé des regards, quelque chose s'est passé. Mais tant que ça n'a pas été prononcé, déclaré, scellé, la rencontre reste suspendue."