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7 décembre 2011

La stratégie de l'herbe folle

Tant de chance dans mes différents domaines d'activité. Je vis en ce moment d'intenses moments de complicité professionnelle, où les idées et les valeurs se conjuguent dans un climat joyeux. Ca me comble de voir combien on arrive dans ces moments-là à construire ensemble, à donner de l'ampleur à notre action, par la complémentarité de nos expériences et de nos points de vue.

Effet de seuil qui peut faire bouger l'inertie du système, sous réserve de bien mener nos affaires, en nous glissant dans tous les interstices. Stratégie d'herbe folle. Rébellion douce, très douce.

Il y a des endroits/moments préservés pour construire et innover, sans tabous, des endroits bouillonnants de créativité et d’énergie, des endroits où je me lâche comme jamais, où je rejoins ma meute de cœur et d'esprit. 
Et des endroits pour mettre en œuvre en toute discrétion, dans l'emballage qui va bien.  Pour de vrai.

Rêver pour changer les choses. Changer les choses pour rêver plus juste. En spirale, toujours.

Je me dis parfois que j'y crois trop, que j'y mets trop d'energie, parfois même celle que je n'ai pas. 
Il y a une part d'illusion sans doute, mais si une part seulement devient réalité, ce sera un pas.
Une différence qui fait la différence.

2 décembre 2011

Fragilité

Dans les quelques principes essentiels qui portent mon action, il y a cette croyance que chacun recèle forces et faiblesses, et qu'un rebond est possible, en tout cas qu'il ne m'appartient pas d'imaginer qu'il soit impossible. 
On ne peut pas dire que ce soit la façon de voir la plus couramment répandue en entreprise (ni dans la vie courante, d'ailleurs, ni parfois, comble du comble, en thérapie...).

Je le crois car j'ai vécu cette renaissance. J'ai vu d'autres la vivre.

Pour cela, accueillir en liberté, prendre soin, et laisser advenir, en confiance.
(la confiance, le courage, la mémoire, nous disent les yoga sutra)

Bien sûr, il ne s'agit pas de "convertir" qui que ce soit sur ce sujet, mais seulement de mettre en place les conditions favorables, les repères, les compétences, pour laisser agir ceux qui le croient possible.
Nous trouverons les soutiens, les partenariats qui vont bien, internes et externes, et nous le ferons.
Quand bien même cela n'aiderait qu'une personne de plus, cela en vaudrait la peine.


Tout ça pour dire que la stigmatisation de ceux qu'on appelle un peu facilement "fragiles", parce qu'un jour ils ont laissé voir un accroc dans la façade bien lisse m'horripile. Trop facile de les laisser sur le bord du chemin, injuste, et inefficace. Un gâchis.


Hier nous posions les premières bases de notre projet, et hier soir je tombais quasi par hasard sur cette intervention de Marie Balmary à un colloque de l'Arche. Vous verrez, c'est si lumineux. L'intelligence au service du cœur.

Ce qu'elle dit de la fragilité est bouleversant, au sens propre, car cela renverse les perspectives. 

La fragilité, c'est ce qui permet de nous savoir incomplets, et à partir de ce constat, de nous porter au lien, à l'autre, au Tout, quel que soit le nom qu'on lui donne. 
La force dans son extrémité maladive, en tant que refus de la fragilité, recherche de contrôle, peut pousser à refuser ce lien, à refuser l'autre. A blinder notre coquille, jusqu'à étouffer à l'intérieur.

Oui, je suis fragile, et je le revendique. 
C'est peut-être ma plus grande force, puisque c'est ce qui m'ouvre (parfois, dans ma moindre mesure) à l'acceptation de l'autre tel qu'il est, à l'amour.

Un bon exemple de dvandva (l'intégration des opposés).

11 novembre 2011

Vignettes d'enfance

Dans les cadeaux du moment, il y a ces moments de joie d'enfance où tout pétille.

La joie d'être intensément sérieuse tout en jouant, en créant.

Hier, monter cette réunion avec R. où nous allons croiser nos savoir-faire pour construire quelque chose d'encore inédit.
R. a toute l'apparence d'un homme sérieux.  Sous sa discrétion c'est un homme brillant, inventif, direct, passionné. Nous nous étions croisés à une réunion, je ne me souviens plus exactement comment nous avons commencé à parler, mais en moins de trois minutes, c'était parti, on avait déjà échangé tout ce que nous faisions, nos projets, nos idées, notre vision. Pas besoin de se voir beaucoup pour partager.
Donc hier, nous profitons du trajet en voiture pour construire notre atelier. Nous coupant la parole tant les idées se bousculent, et riant d'avance de notre farce au système. Quelques coups de fil pour mettre dans la confidence celui qui nous aide discrètement et en rit avec nous. 
De vrais gamins.


La joie de l'échange sans ombre

Je me souviens encore de ce petit garçon rencontré le premier jour de maternelle. 
Jour de deuil de la liberté. Je ne savais pas encore à quel point...
Et pourtant, tant de fraicheur, de grâce, dans ces jeux partagés. Pas de trace de son nom, ni de son visage, juste cette sensation de simplicité qui avait fait s'envoler mon chagrin. 
Je retrouve ça par instant dans ma fratrie de cœur. Ça me questionne parfois, tellement de bonheur, et puis je lâche et m'abandonne à la joie. 
Au fond, les sujets importent peu car il s'agit d'amour, celui qui donne et n'attend rien.

Tellement doux. Dans cette vie où je me malmène encore un peu, trop.

8 novembre 2011

Le prochain pas

Le prochain pas, par-delà le rêve et l'enthousiasme, est d'être pragmatique.
Tant de dossiers ouverts et à faire aboutir en même temps, ce n'est pas possible.
Et nous sommes fatigués, déjà.

Alors, le prochain pas, c'est de tout poser, de regarder ce qu'on peut clôturer vite, et ce qu'on traitera juste après.
Digérer avant de remanger ...
Je sais, ça a l'air bête comme tout, mais ce sera un apprentissage, car nous rêvons de tout en même temps. C'est une force énorme, et notre limite actuelle.

Et comme ça, nous serons exemplaire sur un de nos credo, la gestion "les yeux ouverts" de la charge de travail.

Encore un effet secondaire de mon stage du week-end. Pas seulement toutefois.

25 octobre 2011

Son visage

Son visage a commencé à changer.
Les yeux qui pétillent.
Le pli amer de la bouche qui s'efface.
Le pas dansant.
Merci de ta confiance me dit-elle.
C'est elle qui toute seule a préparé ce beau travail. Je n'ai fait que la laisser faire.
A suivre

19 octobre 2011

le débat

Nous savons d'emblée que la journée sera difficile. Car nous serrons les boulons et en même temps oeuvrons pour que tous aient envie de travailler ensemble, de partager leurs idées et réalisations. Tous, même ceux qui devront changer leurs façons de faire, et montrer au grand jour ce qui est jusqu'à présent escamoté. Donc nous animons à deux voix.
Il a peaufiné chaque détail.  Je viens pour l'aider dans cette négociation. Baptême du feu pour lui, dit-il. De l'expérience pour moi, mais toujours un exercice de haute voltige. De la souplesse et de la fermeté.
Regarder, écouter, vraiment. 
Les yeux, la voix, les gestes. 
Les silences et les conversations parasites.

 Se concerter d'un œil et se passer la balle souplement.

C'est tendu comme prévu. Nous prenons le temps d'écouter, d'entendre, de prendre en considération chaque élément. De sortir du cas exceptionnel pour traiter le général d'abord. En s'appuyant sur les uns et les autres. Sur le sens de notre action, le vrai, par-dessus les chiffres dans les cases. Nous avançons lentement mais nous avançons. Rien de tel qu'un vrai débat.

Quelques calages, puis nous prenons une pause silencieuse de 3 minutes quand tous vont passer leurs coups de fils. Parce que nous sommes vidés, et que la séquence n'est pas finie. 

Puis nous y retournons.

Même le déjeuner commun sera intense. 

En fin de journée, ils demanderont que nous nous voyions plus souvent. Ils offriront spontanément des pratiques. C'est un début, il faudra continuer à garder notre fil rouge, mais nous avons franchi une étape.

Une pause encore. Un verre d'eau. Précieux de pouvoir dire et entendre la fatigue comme la satisfaction. De pouvoir se taire sans besoin de combler le vide.

Puis un débriefing avec nos jeunes qui n'ont pas vu ce qui se passait là. Alors nous expliquons la méthode. Faire converger sans faire perdre la face. Soutenir les évolutions et ceux qui les porteront. Accepter d'avancer en spirale pour que le changement soit pérenne. Faire valider très vite les pratiques co-construites  pour ne pas risquer de revenir en arrière. S'appuyer sur ce pas pour faire bouger d'autres acteurs.


Contrairement au coaching ou à la thérapie, nous voulons quelque chose, et menons la barque. Mais la qualité d'attention, le souci de chaque détail, le soin mis pour que chacun se sente reconnu et compétent, en font une expérience tout à faite particulière. D'une grande intensité car elle est unique, à chaque fois.

16 octobre 2011

la brume

La brume du manque de sommeil, chronique.
L'effort de rester là parce que tout est tellement intéressant, varié, riche.
Parce que tout cela, je l'ai tellement désiré que d'y renoncer un instant serait impossible.
Et pourtant.

Tout ce travail qui porte ses fruits. Matérialiser petit à petit le rêve d'un monde où l'écoute est possible. Où les problèmes sont entendus, où les solutions se construisent ensemble. Utopie. Et pourtant des pas sont réalisés. Ils se voient, ils font envie à d'autres d'y aller aussi. Ça a l'air tellement mégalo, je sais. Et pourtant.

Assister hier à cette séance si intense et respectueuse, les larmes de soulagement, et ce silence, entre elles, et dans la salle. Si beau moment.
Discuter avec S. de la manière dont elle vit  différemment l'expérience du lien avec ses clients en thérapie , et lui faire un retour circonstancié de ce que je vis quand je vais la voir. Déjà tant d'années. Si peu de fois.
La séance de ce matin avec H., long périple vers la libération. Le fil de ma voix, confiante, pour qu'elle puisse trouver comment faire le pas d'après. Sortir de l'enfermement. J'étais épuisée. So grateful too.

Les larmes d'I. hier soir. Dans cette si jolie fête de famille de cœur.  Je m'y étais sentie accueillie dès le premier instant, il y a quatre ans maintenant. Faire partie de cette bande là.

Tous ces sommets. Trop peut-être ces derniers temps. Ivresse du manque d'oxygène. Besoin de redescendre.

11 octobre 2011

Chat sauvage

Quelle stratégie avez-vous nous dit-elle ?
Nous nous regardons, un peu interloqués. Car notre seule stratégie est de poser notre volonté de nouer ce partenariat, et d'ouvrir la porte , largement, en confiance totale sur leur envie de le nouer aussi.
Sa stupéfaction dépasse la nôtre. Deux cultures opposées.
Finalement, la réunion sera aussi constructive, voire plus que ce que nous espérions. Convialité et travail acharné, c'est notre credo.

Mon collègue a du mal avec elle. Je lui explique comment je travaille sur moi, avec ces portraits animaux qui m'aident à voir les relations autrement.
A quel animal te fait-elle penser ? A un chat sauvage. 
Je la vois aussitôt, crachant et sifflant, dos arqué au maximum. Oui c'est bien ça . Une colère extrême, intolérante, une envie extrême de contrôle.
Que faire ? L'apprivoiser? Cela prendra du temps. Peut-être n'est-ce pas vraiment possible...
En attendant, protéger nos yeux de ses griffes.

1 octobre 2011

L'Ogre

Pas d'animal cette fois. Ni d'autre élément naturel. 
C'est l'Ogre qui est venu, celui qui terrifie, déchiquette, se repait de la souffrance d'autrui.


Je ne sais pourquoi il n'a pas pouvoir de me faire du mal. Peut-être parce qu'il ressemble à ces caricatures d'enfants capricieux et méchants qui trépignent dans les mauvais dessins animés en déclenchant des catastrophes nucléaires.

Mais il ne s'agit pas d'un dessin animé.

Côté clair, il est brillant, bosseur, prêt à collaborer à tous les projets, a un discours cohérent et intéressant , direct.
Côté sombre, il tire à boulets rouges dans chacun de ses messages. Il est capable de dire que quand quelque chose ne marche pas, il s'acharne.
Ça je l'ai constaté.

Pour le reste, je ne le sais que par oui-dire.
Il est capable d'insulter ceux qu'il croise en l'absence de témoins.
D'écraser les individus de son équipe, surtout ceux qui ne cèdent pas. 
De les dresser les uns contre les autres jusqu'à ce qu'ils s'entre-déchirent.
D'user de son pouvoir pour qu'aucun recours ne soit possible.

Avec moi il est presque charmant.
Il est probable qu'il cherche à me manipuler.
Peut-être aussi parce que je ne l'ai pas jugé, jusque-là. Pas trop.
Il se trouve que je l'ai probablement préservé. Ce n'était pas le but visé. Mais le seul moyen de trouver une issue à la situation inextricable du moment.

J'apprends les détails jour après jour. Je reste sans voix.
J'ai alerté par la seule voie qui me semble efficace, les autres ayant échoué. Un allié fiable, discret, bien placé. Grâce à lui, cela se sait. Quelques énormes bêtises de casting ont été évitées,  mais pour l'instant il reste là-bas, et continue les dégâts.
Je crains la suite.

J'ai alerté à nouveau vendredi. Vais insister encore et encore. 
Une idée d'allié complémentaire est venue en écrivant. Il m'a toujours aidé, mais je n'ai jamais essayé pour ce type de sujets.
Mon but est qu'il ne nuise plus. Je rêverais qu'il puisse changer, apprendre à ne plus nuire. Je ne sais si c'est possible. 


Peut-être pensez-vous que j'ai tort de ne pas l'attaquer frontalement. 
Que c'est de la couardise. 
Peut-être. 
Ou peut-être la connaissance intime du système dans lequel il est, de ses limites et de son hypocrisie, et de tout ce qui a déjà été tenté sans succès à bien des niveaux...

Probable que ce billet ne restera pas en ligne bien longtemps.

30 septembre 2011

Remercier

Aujourd'hui c'était son dernier jour de travail. La retraite.

Quelque chose est apparu soudain que je ne pouvais taire.
Lui dire merci.
Pour ce qu'il m'avait donné à voir de mon manque d'écoute, de mon intransigeance, quand je pensais avoir raison contre lui.
Après, nous en étions sorti, arrivant à travailler ensemble, unissant nos forces. Tellement complémentaires.

Je voulais lui écrire.
Je lui ai demandé finalement qu'on se voit un petit moment. Juste avant son pot.
Il a dit que c'était juste pour lui de passer la main à cette équipe là. Que c'était doux de voir que ce qu'il avait bâti fructifierait.

Combien la joie qui me porte rayonne en ce moment.
De prendre soin de moi.

Nous étions émus tous deux. C'était doux.

29 septembre 2011

Porter, être portée

Il y a plus d'un an, j'expérimentais dans mon corps combien il était difficile de se laisser porter

Ces derniers jours, alors même que les nuits s'assèchent et que les journées deviennent aussi longues que la traversée d'un désert brûlant, je vis dans mon équipe, tour à tour,  le bonheur de porter et celui d'être portée. 
Des regards attentifs, des messages bienveillants, un déjeuner paisible, de vrais éclats de rire. 
Ce que je rêvais commence à venir.
(et on bosse dur , on entraîne du monde avec nous, on fait des émules !Quand je vous dis combien j'ai de la chance...)

Oui, le rêve est le chemin.

Je vous laisse, mon oreiller m'appelle ;-)

21 septembre 2011

Travailler moins...

A méditer :
ici 


à l'heure où je travaille à la fois trop et pas assez :-/

17 septembre 2011

Le ferment, l'étoile, l'onde et

Quand ma propre caillasse intérieure me lâche (ou plutôt que je la laisse se déposer) , mes journées extérieurement folles sont tellement douces qu'un seul mot vient :  merci.

Merci au ferment.
Celui qui chauffe, aère, transforme, met en vie.

Merci à l'étoile
celle qui guide et illumine, 
qui trie ce qui est juste de ce qui ne l'est pas, 
trouve la lumière dans l'obscurité même.

Merci à l'onde
celle qui recèle en ses profondeurs la sagesse de l'unité.

Et il y a la matière
Celle sans qui les trois autres ne sont que rêves. 
Foncièrement imparfaite et limitée. 
L'ombre sans laquelle il n'y a pas de lumière. 
L'humour de l'imperfection. 
Le support. 
Merci à elle avant tout d'être.

16 septembre 2011

Le rêve et le chemin

En juin j'ai rêvé. Maintenant que la réalité est là, il reste à construire.
Quatre caractères, quatre histoires, des accrocs.
Il faut trouver les liens, comment faire se rencontrer les forces de chacun.Que chacun y trouve son compte.

Que j'investisse le temps, le soin, pour cultiver ce jardin-là, patiemment.

Donner du sens, poser le cadre, les règles, être en ressource.

Dormir, manger, ne pas courir trop souvent loin d'eux sur mes propres chemins.
Faire de mon mieux.

En leur laissant ce qui leur appartient.

14 septembre 2011

Raconter des histoires

Non, je ne suis pas conteuse.
Et pourtant raconter des histoires convaincantes fait partie intégrante de mon métier.
Pas de celles qui masquent et travestissent. Non, celles-là ne m'intéressent pas.
Celles qui permettent de trouver du sens ensemble, et de construire, de sortir des conflits de principe et des dissensions la tête haute. 

Des bribes de chansons des uns et des autres, construire une nouvelle musique.
Une mélodie qu'on murmure dans les vents coulis, glisse au gré des ruisseaux, sifflote sous l'écorce. 

Défaiseuse de nœuds, faiseuse de liens. Tisseuse à ma façon.

Prendre les fils dans l'air du temps, pas dans mes tripes et mon âme.

La grue cendrée

Cette histoire est maintenant du passé. Un couple de paysans avait un fils unique appelé Korato. C’était un garçon honnête et bon, qui cultivait le champ familial, coupait le bois pour aller le vendre à la ville. Économe et travailleur, il était le soutien de ses vieux parents. Korato était un homme juste, et sur lui les dieux veillaient…


Un matin, il travaillait dans les bois, quand il entendit un faible bruit qui semblait provenir de la cime d’un pin : « Krou, ou, ououou… »

Il prêta l’oreille…silence. Mais comme il suspendait un instant sa hache, il crut percevoir à nouveau cet appel : « Krou, ou, ououou… »
« Y a-t-il quelqu’un ? demanda-t-il en levant les yeux vers les plus hautes branches.
__ Monsieur, aidez-moi s’il vous plaît, je suis blessée », fi une voix mélodieuse.
Korato entreprit aussitôt de grimper ; il se hissa jusqu’aux branches les plus élevées. Arrivé au sommet, il découvrit à moitié dissimulée sous les feuilles, une grue cendrée, dont une aile déchirée pendait tristement sur le côté. C’était une créature de rêve. Elle était grande, le maintien plein de noblesse malgré sa blessure, de longues pattes fines ; une huppe délicieuse posée sur le croupion ajoutait à sa grâce. Elle avait un cou délié, sur la nuque l’on distinguait l’adorable tache rouge alizarine qui signe l’espèce… et cette couleur cendrée, dans tous les tons d’ardoise, ces accords de gris, nuancés d’argent au jeune soleil de l’aube. Korato tomba sous le charme. Il entreprit de la secourir. Il ne pouvait la déplacer, il se mit en quête d’eau et de nourriture. Ainsi, pendant plusieurs semaines, il la soigna.
Ils parlaient. Elle lui conta son histoire.
« Il y a des ères, lui dit-elle, j’était une princesse à la cour du grand empereur Mahayana, dont mille rois étaient sujets. Ce grand monarque avait trois fils : Mahanada l’aîné, le puîné Mahaveda, et le benjamin : Mahasattva. Je devais épouser l’aîné, mais j’aimais le benjamin, qui était tendre et doux. Je m’enfuis avec lui. On nous rattrapa et je fus mise à mort. Depuis, je suis enchaînée à la roue de la vie, et je poursuis le cycle des reconnaissances. »
« Korato, dit-elle un soir, tu me rappelles Mahasattva, le plus jeune fils de l’empereur Mahayana, comme lui tu es doux et bon. »

Le lendemain, quand Korato grimpa au sommet du pin, la grue cendrée n’était plus là. Guérie, elle s’était envolée. Alors le jeune homme sombra dans la mélancolie. Il travaillait en silence, ne mangeait plus. Ses parents s’inquiétaient. Sa mère, qui était une femme dure et pratique, se lamenté ainsi :

« Que devrions-nous, si notre fils meurt ? À peine si j’ai pu cacher douze piécettes de cuivre dans un pot. Nous n’aurons bientôt plus rien… »
Elle se tordait les mains de désespoir.
Quelques jours après, un matin, l’on frappa à la porte de la chaumière. Korato travaillait déjà dans la forêt. La mère vint ouvrir. Sur le seuil se tenait une très belle jeune fille, son baluchon à la main :
« Je cherche un certain Korato, dit-elle.
__ Que lui voulez-vous ? » Interrogea la mère, méfiante.

Elle ajouta en maugréant :

« Il n’est pas là, et il ne rentrera qu’à la tombée de la nuit !
__ Cela ne fait rien, je l’attendrai », fit la jeune fille d’une voix douce, et elle s’assit devant la maison, son baluchon à côté d’elle.
Tout le jour, elle resta là. Quand les parents lui jetaient en passant un coup d’œil curieux, elle répondait d’un sourire modeste. Enfin, Korato rentra. El était fatigué et triste, comme tous les jours depuis le départ de la grue cendrée, qui avait charmé son cœur.
« Bonjour, dit la très jeune fille.
__ Qui êtes vous ? demanda Korato.
__ J’ai des choses importantes à vous dire… », et elle sourit.
« Entrez », dit Korato d’un ton las.
Mais comme il croisait son regard sur le seuil, il aperçut dans les yeux de la mystérieuse jeune fille une infinité de ciels gris. Et il eut le cœur troublé.
« Monsieur Korato, dit la belle visiteuse, mon nom est “l’Humble Osaku”, je sais coudre, tisser, cuisiner, allumer le feu, et aucune tâche ne me rebute, je désire vous épouser. »
Korato regardait cette très belle fille, stupéfait. « Vous nettoierez aussi la cabane, balaierez le seuil, soignerez le père qui est malade ? Questionna la mère.
__ Je serai une bru docile, et je vous servirai, mère, dit l’Humble Osaku en baissant les yeux et en inclinant le buste avec respect.
__ Epouse-la, Korato », décida la mère.
Ainsi fut fait.
Marié à l’Humble Osaku, Korato connut sa beauté, alliée à la douceur de cœur, la modestie, le courage, l’ardeur au travail. Elle exécutait toutes les tâches sans jamais se plaindre. La mère était satisfaite. Et la joie revint peu à peu dans le cœur du jeune homme.

Le temps passa. La mère, qui ne faisait presque plus rien, avait le temps de réfléchir. Un jour, elle dit à sa bru :

« Humble Osaku, j’ai regardé par hasard dans votre baluchon, que vous aviez caché au fond de l’armoire, et découvert un morceau d’étoffe merveilleuse. Est-ce vous l’avez tissé ?
__ Oui, mère.
__ Et bien, ma fille, pourquoi ne pas vous mettre au travail, on vous procurera un métier à tisser, et vous nous fabriquerez une étoffe, que nous pourrons vendre à la ville !
__ Mère, fit timidement l’Humble Osaku, nous sommes pauvres, mais nous manquons de rien, et ce travail …..
L amère n’écouta pas. Elle avait le cœur empli de désirs inassouvis. Elle fit le siège de son fils. Tant et si bien qu’un soir, Korato dit à son épouse :
« Ma tendre amie, pourquoi ne voulez-vous pas tisser cette merveilleuse étoffe que ma mère a aperçu dans votre baluchon ? Nous pourrions récolter des pièces d’or, que ma mère pourrait mettre dans le coffre, à la place des piécettes de cuivre. Nous serions enfin riches ! »
L’Humble Osaku céda. Mais elle avertit son époux : « Tisser cette étoffe exige que je m’enferme pendant un mois dans le grenier, et que nul ne vienne me déranger. »
Quatre longues semaines s’écoulèrent. Quand l’Humble Osaku réapparut, elle était pâle, amaigrie, épuisée, et semblait presque aux portes de la mort, mais elle tenait dans ses mains une étoffe extraordinaire, un tissu aux couleurs éclatantes, à la fois chaux et léger, doux au toucher comme de la soie, et confortable comme un duvet, un tissu comme nul, jamais, n’en avait vu. Korato alla le vendre à la ville voisine. U grand seigneur lui en offrit dix mille pièces d’or. Il rentra chez lui, fou de joie.

Il acheta pour ses parents une belle maison et devint un honorable négociant en bois. L’Humble Osaku ne participait pas à l’allégresse générale, elle se remettait difficilement de son travail épuisant, et son regard, autrefois si confiant, se nuançait de mélancolie. Peu à peu, cependant, elle recouvra une santé précaire. Nul dans la famille n’y prêta beaucoup d’attention ; Korato lui-même avait tant de choses importantes et nouvelles à faire…


La mère s’était installée dans l’opulence, comme si elle lui était due. Elle menait grand train, s’achetait des robes de prix, s’offrit même un palanquin. Elle voulait rivaliser avec les plus belles dames de la ville. Un jour, elle s’aperçut que le tas d’or dans le coffre, où elle puisait sans contrainte, diminuait. Bientôt, on atteignit la cote d’alerte. Alors, elle se souvint de sa bru :

« Ma fille, dit-elle brutalement, vous allez vous remettre au travail, et nous tisser une étoffe que mon fils pourra vendre à la capitale, et peut-être à la cour… »
El elle rêvait déjà avec gourmandise au gros tas d’or qu’ils pourraient entasser dans le coffre.
« Mère ! Intervint faiblement Korato, vous savez bien que ce tissage particulier est très épuisant, et que mon épouse a été longtemps malade à la suite…
__ Bagatelles ! l’interrompit la mère. Les jeunes d’aujourd’hui se plaignent pour un rien. »
Elle renouvela sa demande tous les jours. Elle ne laissait pas un instant son fils en paix, tour à tour insistante, autoritaire, enjôleuse, ou se plaignait avec amertume :
« Tu refuse d’accorder ce dernier plaisir à ta vieille mère, qui s’est tant sacrifié pour toi ! »
A la fin, Korato céda.
“Fait ce que demande la mère”, dit-il à l’Humble Osaku.
Sa tendre épouse lui jeta un long regard, où se mêlaient le désespoir et la résignation :
« Cette fois, dit-elle seulement, il me faudra demeurer trois mois dans le grenier.
__ N’en profiter pas pour paresser, ma bru ! » Cria encore la mère, alors que l’Humble Osaku disparaissait dans les combles.

Pendant un mois, la mère contint son impatience. Mais un soupçon la taraudait. Que faisait sa belle-fille, rêvait-elle au lieu de travailler ? Elle avait manifesté si peu d’enthousiasme ! Et la mère, songeant aux pièces d’or luisant doucement dans la pénombre du coffre, sentait son cœur brûler de convoitise. Un matin du deuxième mois, elle ne put résister davantage et, malgré sa promesse, monta au grenier. Arrivé devant la chambre de sa bru, elle colla l’oreille au chambranle. Aucun bruit, à peine distinguait-on le battement doux et régulier d’un métier à tisser. Alors, dévorée par la curiosité, la mère entrouvrit la porte, très peu, d’un souffle, juste l’espace nécessaire pour jeter un coup d’œil. Ce qu’elle vit lui fit jeter un cri d’effroi ! Devant un grand métier à tisser, une grue cendrée s’arracher les plumes des ailes pour fabriquer le tissu merveilleux, elle était éclaboussée de sang, et sa pauvre tête était exsangue. La mère demeura pétrifiée sur le seuil. La grue cendrée réunit ses dernières forces et s’envola par la fenêtre.

Korato la retrouva le soir à la lisière du bois. Ses ailes mutilées l’avaient empêchée d’aller plus loin. La belle grue cendrée mourut non loin du pin où Korato l’avait jadis trouvée, tandis que le soleil déclinant caressait une dernière fois les tons d’ardoise, le ciel gris nuancé d’argent de sa robe trouée.

9 septembre 2011

Une drôle de semaine arc en ciel. 

Du stress, c'est clair et l'opportunité de dépasser au passage ce qui me gênait ici, et . Affaire classée. 
Toujours étonnant de vivre combien les nœuds peuvent se défaire instantanément, quand c'est le moment. Pourquoi est-ce le moment ? Une belle énigme. 

L'opportunité d'expérimenter que je peux décider d'être "plus dans ma vie" et y être. 
Combien le "rien" ensemble peut être le sel de la vie.
Mercredi, mes cours, puis les enfants, libres à nouveau.  
Jeudi soir, la fête avec celle dont le corps sort à peine de la guerre chimique contre ce qui la rongeait. Le plaisir du bon vin, d'un repas très simple, d'un tiramisu fait en famille, de gâteaux maison à la pâte d'amande et à la fleur d'oranger. 
Des rires, de la joie de vivre, une soirée où l'on laisse de côté tout ce qui n'est pas l'instant. Le passé, les projets.
La raccompagner et savourer notre complicité, une fois encore.

Et aujourd'hui ? La fatigue, de la présence.
La joie de faire, imparfaitement mais avec conscience, en lien, ce que je sais faire.
Le temps pris à l'écoute de celle qui en avait besoin, la décision de ne pas prendre le travail qui reste, car il en reste toujours, de reporter la fin d'une conversation professionnelle pourtant passionnante, parce que là, il n'est plus l'heure, ma vie m'appelle. Mon corps dit stop, et je l'entends.

Pour l'instant je tiens à peu près mes résolutions.
Ce week-end ? Me reposer, vivre, écrire peut-être.

Ah oui, j'ai lu ces derniers jours "l'homme qui entendait siffler une bouilloire", de Michel Tremblay. Une de gourmandises que je me suis offertes mercredi, avec un Gougaud et un Bauchau (quel trio, n'est-ce pas ?). J'ai aimé.

3 septembre 2011

Petite mythologie

Les 300 chevaux blancs de l'enfant bleu,
les chevaux blancs de Camargue, sauvages,
leur rythme fou, joyeux, dans le vent salé,
le froissement des ailes sur leur passage
leur seule limite, l'horizon.

C'est comme ça que j'ai envie de vivre, au cœur.
J'y suis parfois, élan de joie.
Ce presque rêve comme un cadeau.


Quelques extraits trouvés sur Wikipedia, et qui touchent "juste"
Le cheval Camargue ne reçoit aucune éducation. Toutefois, quand on s'en occupe, il montre bien plus d'indépendance que d'indocilité ; il a plus d'intelligence encore que de sauvagerie. Avec la douceur, on lui fait vite comprendre ce qu'on veut de lui ; la brutalité, au contraire, le révolte et l'exaspère. On en a la preuve toutes les fois qu'on essaye de le faire passer brutalement de la vie libre à la vie domestique. Il ne se soumet pas sans résistance au régime des coups de bâton qu'on lui inflige souvent pour lui faire accepter, sans préliminaire, ou des traits ou la selle
— Eugène Nicolas Gayot, La connaissance générale du cheval: études de zootechnie pratique37.

 Le cheval de Camargue est toujours maintenu par ses éleveurs en élevage extensif de plein air traditionnel, souvent avec des bovins. La plupart d'entre eux vivent ainsi en totale liberté toute l'année, et ne sont rassemblés qu'une fois par an []. Les chevaux font face à un climat difficile, caractérisé par l'humidité constante, la présence de hordes d'insectes, et une certaine rigueur en hiver, accentuée par des vents violents54. Le camarguais résiste aux longues abstinences, aux intempéries, et aux grandes étapes de randonnée2. Son instinct est « infaillible » et son pied, large et sûr, est adapté à son mode de vie dans les marais, en milieu subaquatique1. Comme les bovins, il forme parfois des relations symbiotiques avec des oiseaux, tel que les aigrettes60 ou le héron garde-bœufs.

Je change de manager ces temps-ci. Il a plein de qualités et nous nous apprécions de longue date.
Je l'ai prévenu un peu brusquement hier et je l'ai senti agacé.
Ce n'était pas bien adroit mais c'est fait, alors autant en rire ...

18 août 2011

Temps d'orage

Il en est parfois de mes humeurs comme du temps. Orageux.

J'ai démarré la journée sur une sorte de "crachin" qui ne m'est pas habituelle, une envie de râler contre moi, une incapacité intense à me supporter .

Et puis s'est déployée progressivement la colère.
J'éprouve d'abord du malaise car je n'aime pas m'infliger cette violence-là, et puis d'un coup, cela confère à l'amusement. Car je sais que la colère est une énorme force chez moi, celle d'une de ces tempêtes qui dégagent l'horizon.

Bien-heureusement, j'ai pu partager sur le fond mes interrogations et mes craintes.
Et dans cet effet miroir, proposer des solutions à l'autre revient à en trouver pour soi.
Merveilleux ;-)


Donc j'ai quelques pistes pour mon problème.
-Dégager les priorités d'actions, celles dont je sais que cela aura un effet conséquent sur le système. Un des effets que j'appelle de mes vœux
-Accepter de ne pas être "bon élève" sur le reste pour ne pas travailler la nuit, ET ne pas culpabiliser non plus, ET le poser calmement
- Noter au fil de l'eau ce qui avance, et ce qui aide particulièrement en terme de méthode ou d'approche.


Ainsi nous aurons le carburant de la satisfaction du travail bien fait.
Celui-là n'est pas (ou moins) soumis aux caprices de la météo locale ;-)

19 juillet 2011

Inspiration : la permaculture

Trouvé tout à  l'heure sur Wikipedia
  1. Appliquer l’autorégulation et accepter les rétroactions (feedback)
  2. Intercepter et stocker l’énergie - en développant des systèmes qui collectent les ressources quand elles sont abondantes et que nous pouvons utiliser à besoin.
  3. Utiliser et répondre créativement au changement - on peut avoir un impact positif sur des changements inévitables en observant avec attention et en intervenant au bon moment.
  4. Concevoir en passant des motifs généraux (structure) aux détails - en prenant du recul on peut observer les motifs dans la nature et la société et les reproduire. Ils peuvent alors devenir la colonne vertébrale de nos designs et les détails mis en place à mesure que nous progressons.
  5. Intégrer plutôt que séparer - en mettant les bons éléments aux bons endroits, des relations se développent entre ces éléments et ils travaillent ensemble pour s’entraider.
  6. Observer et interagir - En prenant le temps de s’engager avec la nature on peut concevoir des solutions qui correspondent a la situation.
  7. Obtenir un résultat - s’assurer que l’on reçoit réellement des récompenses utiles pour le travail qui est fait.
  8. Ne pas produire de déchets - en trouvant une valeur à chaque ressource disponible et en les utilisant toutes, rien n’est un déchet.
  9. utiliser et valoriser la diversité - la diversité réduit la vulnérabilité à une variété de menaces et tourne à son avantage la nature unique de l’environnement dans lequel il réside.
  10. Utiliser et valoriser les ressources et les services - faire la meilleure utilisation de l’abondance de la nature pour réduire notre comportement consommateur et notre dépendance vis-à-vis des ressources non renouvelables.
  11. Utiliser les bordures et valoriser le marginal - l’interface entre deux choses est l’endroit ou les événements les plus intéressants se produisent. Ce sont souvent les éléments qui ont le plus de valeur, et qui sont les plus divers et productifs.
  12. Utiliser des solutions petites et lentes - Les systèmes lents et petits sont plus faciles à maintenir que les gros, en faisant un meilleur usage des ressources locales et en produisant des résultats durables.

29 juin 2011

Dans le torrent

L'eau est glacée, le flux puissant, et j'aime ça. Il y a une certaine ivresse à bondir d'un rapide à l'autre sans presque reprendre mon souffle. Si je garde en ligne de mire les éclaboussures de soleil sur l'eau, si la peur me déserte, je prends du plaisir à manoeuvrer seconde après seconde. Mais si le temps se couvre, je viendrai accoster à la rive pour m'y abriter, en paix.
Dans l'ivresse, cultiver le bonheur tranquille.