Finalement, le silence n'aura pas été long.
Utile pour tester en vrai mes bonnes résolutions toutes simples, voir si certaines m'aident vraiment, et lesquelles.
Cette nuit, j'ai compris ce qui me fait mal parfois.
Ce sentiment de côtoyer tant de gens sans qu'il y ait rencontre.
Dans l'urgence du produire, montrer, valoriser.
Cette inhumanité quotidienne m'épuise.
Pourtant, j'ai conscience d'être assez privilégiée :
je me nourris de chaque instant qui le permet,
je le suscite chaque fois que possible,
je le pratique dans tous mes métiers,
je les écris parfois ici,
je prends des temps pour me rencontrer, et ce qui me dépasse avec,
mais ce n'est pas encore assez.
A décanter encore, très certainement
Un extrait qu'Alain Badiou, philosophe, avait donné à Télérama l'année dernière sur la rencontre amoureuse, et il en est de bien d'autres sortes ( l'interview complète est là)
"Qu'est-ce qu'une rencontre ?
C'est un élément contingent, hasardeux, dans l'existence. Quelque chose vous arrive que rien dans les repères que vous aviez dans le monde ne rendait nécessaire ou probable. Vous rencontrez quelqu'un que vous ne connaissiez pas et qui cependant vous frappe, vous attire, entre dans votre vie...
Dans Eloge de l'amour, vous dites, en substance, qu'il n'y a pas de rencontre sans risque...
Une rencontre véritable assume toujours l'idée d'être le début d'une possible aventure. On ne peut réclamer un contrat d'assurance avec celui qui a été rencontré. Puisque la rencontre est un élément incalculable, si on tente de réduire cette insécurité, on supprime la rencontre elle-même, c'est-à-dire l'acceptation que quelqu'un entre dans votre vie, et quelqu'un au complet. C'est justement ce qui distingue la rencontre du libertinage.
La rencontre, dites-vous aussi, suppose une construction.
Je dis ça des suites de la rencontre. Il faut bien qu'elle donne lieu à inventions, conséquences partagées. Et cette construction ne peut être laissée au pur hasard, parce qu'elle se compose de toute une série de décisions.
Mais dès les prémices, la rencontre n'est pas pour vous une expérience...
L'improbabilité la distingue d'une expérience ordinaire. Lorsque la rencontre vous arrive, que vous avez très fort le sentiment que ça vous arrive, il y a un phénomène d'attirance ou de répulsion – parfois les deux se mêlent – pour ce qui vient perturber le rythme de votre existence. L'expérience, elle, peut parfaitement s'intégrer dans les activités professionnelles ou familiales, tandis que la rencontre est un commencement. Mais le commencement de quoi ? C'est là qu'on entre dans l'acceptation. Accepter ou refuser ce qui vous arrive. Pour prendre l'exemple de la rencontre amoureuse, tout le problème est de savoir si on va la déclarer. On parle de déclaration d'amour. Il faut que la rencontre ait été déclarée, c'est-à-dire acceptée.
C'est la condition pour qu'elle existe vraiment ?
Oui. Une personne s'est trouvée là en même temps que vous, vous avez échangé des regards, quelque chose s'est passé. Mais tant que ça n'a pas été prononcé, déclaré, scellé, la rencontre reste suspendue."